Almería réinvente son modèle : la « mer de plastique » se met au vert.

Sous la pression climatique et les nouvelles exigences européennes, le premier bassin maraîcher d’Europe s’engage dans une mutation technologique et environnementale sans précédent.

Almería (Andalousie), 23 mars 2026: Depuis les airs, la province d’Almería ressemble toujours à ce que les géographes ont longtemps appelé la « mer de plastique » : quelque 33 000 hectares de serres qui recouvrent la plaine côtière andalouse jusqu’à l’horizon. Mais derrière cette image figée se joue depuis plusieurs années une transformation profonde. Le moteur historique de l’agriculture intensive espagnole ne renonce pas à sa suprématie européenneil la réinvente.

Un laboratoire mondial de l’irrigation intelligente

Selon l’Institut National de Recherche et de Technologie Agricole et Alimentaire (INIA), 68 % des exploitations de plus de 50 hectares en Andalousie ont adopté des systèmes d’irrigation intelligente depuis 2024, leur permettant de réduire leur consommation d’eau de 35 % tout en maintenant leurs rendements. À Almería, ce chiffre est encore plus élevé : la fertirrigation automatisée couvre déjà 60 % des surfaces de serre, pilotée par des systèmes informatiques et des capteurs qui calculent en temps réel la quantité d’eau exactement nécessaire aux cultures.

Le résultat est spectaculaire. Almería affiche désormais une consommation d’eau par habitant parmi les plus faibles d’Espagne 1,69 % très loin derrière des régions agricoles comparables comme Valence (3,59 %) ou Murcie (3,79 %). Un paradoxe apparent pour une province dont l’agriculture intensive est souvent montrée du doigt pour sa pression sur les ressources naturelles.

L’hydroponie, l’avenir sans sol

Parmi les technologies qui montent en puissance, la culture hydroponique retient l’attention. Certaines serres almériennes ont supprimé le recours à la terre, en alimentant directement les plantes par une irrigation qui apporte simultanément les nutriments et les engrais nécessaires à leur croissance. Un modèle qui réduit encore la consommation d’eau et améliore la traçabilité des intrants deux critères de plus en plus exigés par les grandes chaînes de distribution européennes.

Novagric, l’un des principaux concepteurs de serres technologiques espagnols, a récemment finalisé la plus grande serre construite en un seul module en Espagne, sur laquelle des rendements de plus de 30 kg/m² de tomates cerises ont été atteints. Un record qui illustre la montée en gamme à l’œuvre dans ce secteur.

Le défi du plastique : de la dénonciation à l’action

L’ombre du plastique plane toujours sur Almería. Des tonnes de bâches usagées s’accumulent chaque année à la fin des cycles de production un passif environnemental que le secteur ne peut plus ignorer. Selon Coexphal, l’association des producteurs et exportateurs almériens, entre 70 et 80 % des déchets plastiques générés par les serres sont aujourd’hui recyclés, un taux en nette progression par rapport aux années précédentes, même si les professionnels reconnaissent que des marges de progrès demeurent importantes.

La Banque Européenne d’Investissement a, de son côté, alloué 450 millions d’euros au secteur agricole espagnol en 2025 pour accompagner cette transition numérique et environnementale un signal fort de la confiance des institutions européennes dans la capacité du secteur à se réformer.

Un modèle sous tension mais résilient

La question structurelle de la ressource en eau reste néanmoins entière. Les nappes phréatiques de la région sont sous forte pression depuis plusieurs décennies, et certains sites doivent aujourd’hui importer une partie de l’eau nécessaire à leurs cultures. Le dessalement de l’eau de mer, bien qu’onéreux et techniquement complexe, est de plus en plus envisagé comme une réponse de long terme, notamment depuis que l’Espagne est devenue le quatrième utilisateur mondial de ces technologies.

Pour ses défenseurs, Almería incarne la preuve qu’agriculture intensive et sobriété hydrique peuvent coexister. Pour ses critiques, la modernisation technologique ne fait que repousser des arbitrages inévitables sur les volumes produits et les cultures choisies. Un débat que ni les serres, ni les capteurs, ne peuvent trancher seuls.

Source: Redaction LCE ( avec l’aide de l’IA )

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